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Gérer un enfant difficile, le pourquoi du comment

Les comportements difficiles chez les enfants représentent l’une des préoccupations majeures des parents et des éducateurs. Crises de colère récurrentes, opposition systématique, agressivité, désobéissance ou difficultés relationnelles constituent autant de manifestations qui peuvent épuiser l’entourage familial et scolaire. Comprendre les raisons profondes de ces comportements et adopter des stratégies éducatives adaptées permet non seulement de restaurer l’harmonie familiale, mais également d’accompagner l’enfant vers un développement émotionnel et social équilibré.

Les manifestations des comportements difficiles

Les comportements difficiles se présentent sous diverses formes selon l’âge, le tempérament et le contexte de vie de l’enfant. Identifier précisément ces manifestations constitue la première étape pour y répondre adéquatement. Certains enfants expriment leurs difficultés par l’opposition systématique, refusant presque toutes les demandes parentales et transformant le quotidien en négociation permanente. Cette résistance peut concerner les tâches simples comme s’habiller, manger, se laver ou ranger ses affaires.

D’autres enfants manifestent leur malaise par des crises de colère disproportionnées par rapport à la situation déclenchante. Ces explosions émotionnelles peuvent survenir plusieurs fois par jour, durant parfois de longues minutes voire des heures. L’enfant crie, pleure, se jette par terre, lance des objets ou frappe, semblant totalement submergé par ses émotions. Ces crises épuisent physiquement et émotionnellement les parents qui se sentent démunis face à l’intensité de la réaction.

L’agressivité représente une autre manifestation fréquente, dirigée soit vers autrui soit vers l’enfant lui-même. Les comportements agressifs incluent les coups, les morsures, les griffures, les insultes ou la destruction volontaire d’objets. Cette agressivité peut apparaître dans le cadre familial, à l’école ou dans les activités extrascolaires, créant des difficultés relationnelles importantes avec les pairs et les adultes.

Les difficultés d’attention et d’hyperactivité caractérisent également certains enfants difficiles. Incapables de rester concentrés plus de quelques minutes, ils papillonnent d’une activité à l’autre sans jamais rien terminer. Leur agitation motrice constante les empêche de tenir en place, perturbant les repas familiaux, les devoirs et les moments de repos. Cette hyperactivité s’accompagne souvent d’impulsivité, l’enfant agissant sans réfléchir aux conséquences de ses actes.

Certains enfants développent des comportements provocateurs délibérés, semblant chercher activement à contrarier les adultes. Ils enfreignent les règles en regardant l’adulte droit dans les yeux, testant constamment les limites et défiant l’autorité parentale. Cette provocation peut viser à obtenir de l’attention, même négative, ou à exprimer une colère profonde envers les figures d’autorité.

Les difficultés sociales et l’isolement concernent d’autres enfants qui peinent à nouer des relations harmonieuses avec leurs pairs. Rejetés ou ignorés par les autres enfants, ils peuvent réagir par le retrait ou au contraire par l’agressivité, aggravant leur marginalisation. Ces difficultés relationnelles affectent profondément l’estime de soi et peuvent engendrer anxiété et tristesse.

Les troubles du sommeil et de l’alimentation accompagnent fréquemment les comportements difficiles. L’enfant refuse de se coucher, se réveille plusieurs fois par nuit, fait des cauchemars récurrents ou se lève extrêmement tôt. Sur le plan alimentaire, il peut refuser catégoriquement certains aliments, manger en quantité insuffisante ou au contraire excessive, transformant les repas en moments de tension.

Les causes sous-jacentes des comportements difficiles

Comprendre les origines des comportements difficiles permet d’adapter l’accompagnement éducatif et d’éviter les jugements hâtifs sur l’enfant ou ses parents. Contrairement aux idées reçues, un enfant difficile n’est ni capricieux ni mal élevé, mais traverse généralement des difficultés réelles qu’il ne parvient pas à exprimer autrement.

Le tempérament inné joue un rôle fondamental dans les comportements de l’enfant. Dès la naissance, certains bébés manifestent une sensibilité accrue aux stimuli, une intensité émotionnelle marquée ou une faible capacité d’adaptation au changement. Ces caractéristiques tempéramentales, biologiquement déterminées, prédisposent certains enfants à réagir plus intensément aux frustrations et aux contraintes du quotidien. Les recherches en psychologie du développement montrent que le tempérament difficile concerne environ 10 à 15 pourcent des enfants.

Les troubles neurodéveloppementaux expliquent une part significative des comportements difficiles. Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité touche environ 5 pourcent des enfants et se caractérise par des difficultés d’attention, de contrôle de l’impulsivité et parfois d’hyperactivité motrice. Les troubles du spectre autistique génèrent également des comportements apparemment difficiles, parce que l’enfant peine à comprendre les codes sociaux, supporte mal les changements de routine ou réagit de façon intense aux stimulations sensorielles.

Les difficultés d’apprentissage non diagnostiquées constituent une cause fréquente de comportements perturbateurs, particulièrement en contexte scolaire. Un enfant dyslexique, dyscalculique ou dyspraxique accumule des échecs malgré ses efforts, générant frustration, perte d’estime de soi et démotivation. Ces difficultés non identifiées peuvent se manifester par de l’agitation, du refus de travailler ou des comportements d’évitement.

Les traumatismes et événements de vie stressants impactent profondément le comportement enfantin. Un décès dans la famille, une séparation parentale, un déménagement, des violences subies ou des carences affectives précoces perturbent le sentiment de sécurité intérieure de l’enfant. Ces expériences douloureuses se traduisent souvent par des comportements régressifs, agressifs ou oppositionnels, l’enfant exprimant ainsi une souffrance qu’il ne peut verbaliser.

Les besoins fondamentaux non satisfaits engendrent inévitablement des comportements difficiles. Un enfant qui manque de sommeil, mange insuffisamment ou de façon déséquilibrée, ne bénéficie pas d’activité physique régulière ou passe trop de temps devant les écrans développe naturellement irritabilité, difficultés de concentration et instabilité émotionnelle. La satisfaction des besoins physiologiques de base conditionne la capacité de l’enfant à réguler ses émotions et ses comportements.

Les dynamiques familiales dysfonctionnelles contribuent largement aux comportements problématiques. Des limites éducatives floues, incohérentes ou excessivement rigides perturbent les repères de l’enfant. Un style parental autoritaire, basé sur la punition et la menace, génère peur et rébellion. À l’inverse, un style permissif, sans cadre ni limites claires, laisse l’enfant dans l’insécurité et la toute-puissance. Les conflits parentaux fréquents, l’absence d’un parent ou les messages contradictoires entre les adultes désorganisent également l’enfant.

L’environnement scolaire inadapté représente une autre source majeure de difficultés comportementales. Un enfant intellectuellement précoce qui s’ennuie en classe, un enfant en difficulté d’apprentissage submergé par les exigences scolaires, ou un enfant victime de harcèlement peuvent tous développer des comportements perturbateurs. Le stress scolaire se répercute inévitablement sur le comportement à la maison et dans les autres contextes.

Les facteurs biologiques tels que les allergies alimentaires, les intolérances, les carences nutritionnelles ou les déséquilibres hormonaux influencent également le comportement. Certains enfants réagissent aux additifs alimentaires, aux colorants ou à certains aliments par de l’hyperactivité ou de l’irritabilité. Des problèmes de thyroïde, des carences en fer ou en vitamines du groupe B peuvent générer fatigue, difficultés de concentration et sautes d’humeur.

L’importance de l’intelligence émotionnelle

Le développement de l’intelligence émotionnelle constitue un enjeu central dans l’accompagnement des enfants difficiles. Cette compétence, qui inclut la capacité à identifier, comprendre, exprimer et réguler ses émotions, se construit progressivement durant l’enfance grâce à l’accompagnement bienveillant des adultes. Les enfants difficiles présentent généralement un retard dans ce développement émotionnel, non par déficience mais par manque d’apprentissage adapté.

La maturation du cerveau explique en partie les difficultés de régulation émotionnelle des enfants. Le cortex préfrontal, région cérébrale responsable du contrôle des impulsions et de la gestion émotionnelle, continue son développement jusqu’à environ 25 ans. Chez les jeunes enfants, cette zone immature ne permet pas encore un contrôle efficace des réactions émotionnelles intenses. Exiger d’un enfant de 3 ou 5 ans qu’il gère parfaitement sa colère ou sa frustration revient à demander l’impossible sur le plan neurobiologique.

L’apprentissage du vocabulaire émotionnel représente la première étape vers une meilleure régulation. Beaucoup d’enfants difficiles ne possèdent pas les mots pour nommer ce qu’ils ressentent. Ils éprouvent un inconfort, une tension intérieure qu’ils ne savent identifier ni exprimer verbalement. Cet incapacité langagière se traduit par des passages à l’acte : l’enfant frappe parce qu’il ne sait pas dire « je suis en colère », il crie parce qu’il ne peut exprimer « j’ai peur » ou « je suis frustré ».

Les adultes peuvent enrichir ce vocabulaire en nommant systématiquement les émotions observées chez l’enfant. Au lieu de simplement réprimander l’enfant qui tape, le parent peut dire : « je vois que tu es très en colère contre ton frère, parce qu’il a pris ton jouet ». Cette verbalisation enseigne progressivement à l’enfant à identifier ses états intérieurs et à établir des liens entre situations, émotions et comportements.

La validation émotionnelle joue un rôle crucial dans le développement de l’intelligence émotionnelle. Elle consiste à reconnaître et accepter les émotions de l’enfant, même désagréables, sans les minimiser ni les juger. Dire à un enfant « ce n’est pas grave » quand il est bouleversé, ou « les grands garçons ne pleurent pas » quand il est triste, lui enseigne que ses émotions ne sont pas légitimes. Cette invalidation émotionnelle répétée entraîne soit la répression des émotions, soit leur expression explosive et inappropriée.

Valider une émotion ne signifie pas accepter tous les comportements. Les parents peuvent simultanément accueillir l’émotion et poser des limites sur les actions : « je comprends que tu sois très fâché contre ta sœur, mais je ne peux pas te laisser la frapper. Quand tu es en colère, tu peux taper dans ce coussin, déchirer du papier ou me dire avec des mots ce qui ne va pas ». Cette approche sépare clairement l’émotion légitime du comportement inacceptable.

Les techniques de régulation émotionnelle peuvent s’enseigner concrètement aux enfants. La respiration profonde, accessible même aux jeunes enfants, active le système parasympathique et calme naturellement l’organisme. Les parents peuvent apprendre à l’enfant à « respirer comme un ballon », en gonflant le ventre à l’inspiration et en le dégonflant lentement à l’expiration. Pratiquée régulièrement en dehors des crises, cette technique devient un outil utilisable dans les moments de tension.

La création d’un coin calme dans la maison offre à l’enfant un espace pour se ressourcer quand l’intensité émotionnelle devient trop forte. Ce lieu, aménagé avec des coussins, des livres, des objets sensoriels apaisants, n’est pas un lieu de punition mais un refuge volontaire où l’enfant peut se retirer pour retrouver son calme. Les parents peuvent y recourir eux-mêmes, modélisant ainsi la stratégie de retrait temporaire comme outil sain de gestion émotionnelle.

Les jeux de rôle et les lectures sur les émotions constituent d’excellents supports pédagogiques. Les livres pour enfants abordant différentes émotions permettent de discuter des ressentis, des situations qui les provoquent et des façons appropriées d’y réagir. Jouer des scénarios émotionnels avec des marionnettes ou des figurines aide l’enfant à explorer diverses réactions possibles dans un cadre sécurisé et ludique.

Les stratégies éducatives efficaces

L’établissement de limites claires et cohérentes forme le socle d’une éducation structurante pour tous les enfants, particulièrement pour ceux qui manifestent des comportements difficiles. Ces limites, loin d’être contraignantes, offrent un cadre sécurisant à l’intérieur duquel l’enfant peut explorer et grandir en confiance. L’absence de limites génère anxiété et comportements testeurs, l’enfant cherchant désespérément où se situe le cadre.

Les règles familiales doivent être peu nombreuses, claires et constantes. Plutôt que d’établir des dizaines d’interdits, les parents gagnent à identifier trois à cinq règles fondamentales non négociables, par exemple concernant la sécurité, le respect d’autrui et la préservation du matériel. Ces règles s’énoncent de manière positive autant que possible : « on marche dans la maison » plutôt que « on ne court pas », « on parle gentiment » plutôt que « on ne crie pas ».

La cohérence éducative entre les adultes référents constitue un facteur déterminant. Les enfants difficiles excellent à exploiter les divergences entre parents, enseignants ou grands-parents. Les adultes doivent donc s’accorder sur les règles essentielles et les conséquences associées, présentant un front uni face à l’enfant. Cette cohérence rassure l’enfant sur la solidité du cadre, même s’il continue à le tester régulièrement.

Le renforcement positif s’avère bien plus efficace que la punition pour modifier durablement les comportements. Trop souvent, les parents concentrent leur attention sur les comportements négatifs, ignorant les moments où l’enfant se comporte bien. Cette dynamique renforce paradoxalement les comportements problématiques, l’enfant ayant compris que seule la transgression lui garantit l’attention parentale. Inverser cette tendance en remarquant, valorisant et récompensant les comportements positifs transforme progressivement la dynamique familiale.

Les récompenses peuvent prendre diverses formes, pas nécessairement matérielles. Un compliment sincère, un temps privilégié avec le parent, le choix d’une activité familiale ou l’obtention de petits privilèges constituent des renforçateurs puissants. Les tableaux de comportement, avec des gommettes ou des jetons accumulés pour chaque journée réussie, visualisent les progrès et maintiennent la motivation, particulièrement chez les jeunes enfants.

Les conséquences logiques remplacent avantageusement les punitions arbitraires. Quand l’enfant casse un objet par négligence, la conséquence logique consiste à le réparer ou à contribuer financièrement à son remplacement. Si l’enfant refuse de ranger ses jouets, ceux-ci sont temporairement confisqués. Cette approche enseigne la responsabilité et le lien de causalité entre actions et conséquences, contrairement à une punition déconnectée du comportement problématique.

L’anticipation des situations difficiles permet de prévenir de nombreuses crises. Les parents d’enfants difficiles développent avec le temps une connaissance fine des facteurs déclenchants : fatigue, faim, stimulation excessive, transitions, frustration face aux difficultés. Anticiper ces moments à risque en aménageant l’environnement ou en préparant l’enfant réduit significativement les explosions comportementales.

Les routines prévisibles sécurisent particulièrement les enfants ayant des difficultés comportementales. Le déroulement régulier des journées, avec des horaires stables pour les repas, le coucher et les principales activités, réduit l’anxiété liée à l’imprévisibilité. Les transitions entre activités, moments particulièrement sensibles, gagnent à être annoncées à l’avance : « dans cinq minutes, ce sera l’heure du bain », permettant à l’enfant de se préparer mentalement au changement.

L’offre de choix limités satisfait le besoin d’autonomie de l’enfant tout en maintenant le cadre parental. Plutôt que d’imposer unilatéralement « mets ton pyjama », le parent propose « veux-tu mettre le pyjama bleu ou le rouge ? ». Cette technique réduit les oppositions en donnant à l’enfant un sentiment de contrôle sur sa vie, tout en garantissant que le résultat final corresponde aux attentes parentales.

Le rôle central de l’attachement et du lien

La qualité de l’attachement entre l’enfant et ses figures parentales influence profondément le comportement. La théorie de l’attachement, développée par le psychiatre John Bowlby, démontre que les enfants sécurisés sur le plan affectif manifestent moins de comportements difficiles et développent de meilleures compétences sociales et émotionnelles. À l’inverse, un attachement insécure prédispose aux difficultés comportementales et relationnelles.

L’attachement sécure se construit à travers la réponse sensible et prévisible des parents aux besoins de l’enfant. Quand le bébé pleure et que le parent répond rapidement par le réconfort, l’enfant apprend que le monde est fiable et que ses besoins seront satisfaits. Cette sécurité intérieure permet ensuite à l’enfant d’explorer son environnement avec confiance et de développer progressivement son autonomie.

Les enfants présentant un attachement insécure n’ont pas bénéficié de cette réponse parentale cohérente et rassurante. Ils ont expérimenté des réponses imprévisibles, parfois chaleureuses, parfois rejetantes ou absentes. Ces enfants développent une anxiété chronique concernant la disponibilité émotionnelle de leurs figures d’attachement, anxiété qui se manifeste par des comportements difficiles : agressivité, provocation, dépendance excessive ou au contraire évitement relationnel.

La disponibilité émotionnelle des parents compte davantage que la quantité de temps passé ensemble. Un parent peut être physiquement présent tout en étant émotionnellement absent, absorbé par son téléphone, ses préoccupations professionnelles ou ses propres difficultés psychologiques. L’enfant perçoit cette indisponibilité émotionnelle et peut développer des comportements difficiles pour attirer l’attention parentale, même négative.

Les moments de qualité réguliers renforcent le lien d’attachement à tout âge. Il s’agit de périodes, même courtes, où le parent accorde toute son attention à l’enfant, sans distraction ni interruption. Ces moments privilégiés peuvent prendre la forme de jeux partagés, de lectures, de conversations ou d’activités créatives. L’essentiel réside dans la présence totale et l’intérêt authentique du parent pour le monde intérieur de l’enfant.

Le temps spécial constitue un outil thérapeutique puissant pour les enfants manifestant des comportements difficiles. Cette technique consiste à accorder quotidiennement 10 à 20 minutes exclusivement dédiées à chaque enfant, durant lesquelles celui-ci choisit l’activité et dirige le jeu. Le parent adopte une posture de suiveur attentif et bienveillant, commentant positivement les actions de l’enfant sans diriger ni corriger. Cette attention inconditionnelle remplit le réservoir affectif de l’enfant et réduit drastiquement les comportements de recherche d’attention négative.

L’écoute active permet aux parents de se connecter profondément avec le monde intérieur de l’enfant. Cette technique implique de reformuler ce que l’enfant exprime, de refléter ses émotions et de poser des questions ouvertes qui invitent à l’élaboration. Plutôt que de minimiser ou de résoudre immédiatement les problèmes exposés par l’enfant, le parent écoute véritablement, validant l’expérience émotionnelle et démontrant que les pensées et sentiments de l’enfant importent.

La réparation des ruptures constitue un aspect fondamental de l’attachement sécure. Tous les parents ont des moments d’impatience, de colère ou d’indisponibilité. Ce qui compte pour la sécurité de l’attachement n’est pas la perfection parentale mais la capacité à reconnaître ces moments de rupture et à les réparer. Un parent qui s’excuse auprès de son enfant après avoir crié injustement, qui reconnaît sa propre erreur et exprime ses regrets, enseigne des compétences relationnelles essentielles tout en restaurant la confiance.

Quand consulter un professionnel

Certaines situations nécessitent l’intervention d’un professionnel spécialisé pour accompagner efficacement l’enfant et sa famille. Reconnaître ces situations et consulter précocement évite l’aggravation des difficultés et prévient les impacts à long terme sur le développement de l’enfant. Malheureusement, de nombreux parents hésitent à consulter par crainte du jugement ou par espoir que les difficultés se résolvent spontanément.

Les signaux d’alerte justifiant une consultation incluent la persistance des comportements difficiles malgré les ajustements éducatifs, leur intensité disproportionnée par rapport aux situations, leur impact sur le fonctionnement quotidien de l’enfant et de la famille, ou leur présence dans plusieurs contextes. Un enfant dont les comportements perturbent significativement sa scolarité, ses relations sociales ou sa vie familiale depuis plusieurs mois mérite une évaluation professionnelle.

La souffrance évidente de l’enfant constitue un indicateur important. Lorsque l’enfant exprime verbalement son mal-être, manifeste une tristesse persistante, évoque des pensées autodestructrices ou présente des comportements d’automutilation, la consultation devient urgente. Ces manifestations signalent une détresse psychologique profonde dépassant les difficultés comportementales ordinaires.

Le sentiment d’impuissance parentale justifie également une démarche de consultation. Quand les parents se sentent totalement dépassés, épuisés émotionnellement et physiquement, en conflit permanent avec leur enfant ou entre eux concernant l’éducation, un soutien professionnel devient nécessaire. L’accompagnement parental fait partie intégrante de la prise en charge des enfants difficiles.

Différents professionnels peuvent intervenir selon la nature des difficultés. Le pédiatre réalise un premier examen pour écarter les causes médicales et oriente vers les spécialistes appropriés. Le psychologue pour enfants évalue le fonctionnement psychologique et émotionnel, propose des suivis thérapeutiques et soutient les parents dans leurs pratiques éducatives. Le pédopsychiatre, médecin spécialisé, diagnostique et traite les troubles psychiatriques de l’enfant, prescrivant si nécessaire une médication adaptée.

Les orthophonistes interviennent lorsque des troubles du langage contribuent aux difficultés comportementales. Un enfant qui peine à communiquer verbalement exprime naturellement sa frustration par des comportements problématiques. Les psychomotriciens accompagnent les enfants présentant des difficultés de régulation tonico-émotionnelle, d’organisation spatiale ou de coordination motrice. Les ergothérapeutes aident les enfants ayant des particularités sensorielles ou des difficultés dans les activités de la vie quotidienne.

Les thérapies familiales s’avèrent particulièrement pertinentes quand les difficultés de l’enfant s’inscrivent dans une dynamique familiale dysfonctionnelle. Cette approche considère que le symptôme de l’enfant exprime une souffrance du système familial entier. Le thérapeute familial travaille avec l’ensemble de la famille pour modifier les interactions et les schémas relationnels problématiques.

Les groupes d’entraînement aux habiletés parentales offrent un accompagnement structuré basé sur des programmes validés scientifiquement. Ces programmes, animés par des professionnels formés, enseignent des stratégies éducatives concrètes en petit groupe de parents confrontés à des difficultés similaires. Le soutien par les pairs et l’apprentissage collectif constituent des éléments thérapeutiques importants.

L’évaluation peut révéler un trouble neurodéveloppemental nécessitant une prise en charge spécialisée. Le diagnostic précoce du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, du trouble du spectre autistique ou d’autres troubles permet la mise en place d’adaptations scolaires, de rééducations ciblées et parfois d’un traitement médicamenteux. Ces diagnostics, loin d’étiqueter négativement l’enfant, lui ouvrent l’accès à des aides concrètes.

L’approche prend en compte l’enfant dans sa globalité, considérant les multiples dimensions de son développement et de son environnement. Les parents conservent un rôle central, parce qu’ils demeurent les experts de leur enfant et les premiers agents du changement. Les professionnels apportent expertise, soutien et outils complémentaires, travaillant en collaboration avec la famille plutôt que comme experts extérieurs imposant leurs solutions.

Élever un enfant manifestant des comportements difficiles représente un défi considérable qui sollicite intensément les ressources physiques, émotionnelles et psychologiques des parents. La fatigue, le découragement et parfois le sentiment d’échec accompagnent fréquemment ces parcours éducatifs complexes. Pourtant, comprendre que ces comportements ne résultent ni d’une volonté délibérée de nuire ni d’une incompétence parentale, mais découlent de difficultés réelles que l’enfant ne parvient pas à gérer autrement, transforme fondamentalement le regard porté sur la situation.

Les enfants difficiles sont avant tout des enfants qui souffrent et manquent de compétences pour exprimer adéquatement leurs besoins, leurs émotions ou leurs limites. Leur comportement constitue un langage, certes désagréable et épuisant pour l’entourage, mais qui communique une détresse authentique. Décoder ce message et y répondre avec bienveillance tout en maintenant des limites claires demande patience, cohérence et parfois accompagnement professionnel, mais produit des transformations remarquables chez l’enfant et dans la dynamique familiale.

L’approche éducative la plus efficace combine fermeté et chaleur, structure et empathie, limites claires et validation émotionnelle. Elle reconnaît les besoins fondamentaux de l’enfant en sécurité affective, en prévisibilité et en autonomie progressive, tout en enseignant activement les compétences émotionnelles et sociales nécessaires à un comportement adapté. Cette démarche exige des parents une remise en question constante, un travail sur leurs propres réactions émotionnelles et parfois la modification de patterns éducatifs transmis de génération en génération.

Les résultats de cet accompagnement bienveillant et structurant apparaissent rarement de façon spectaculaire et immédiate. Les progrès se construisent lentement, avec des avancées et des reculs inévitables. Toutefois, la persévérance dans cette approche respectueuse de l’enfant tout en étant exigeante sur les comportements porte invariablement ses fruits. L’enfant développe progressivement de meilleures capacités de régulation émotionnelle, de coopération et d’adaptation sociale, tandis que les relations familiales gagnent en harmonie et en plaisir partagé.

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